I believe I can fly
Je suis victime d’un biais de confirmation qui est “la tendance à rechercher, interpréter et se souvenir des informations d'une façon qui confirme ce que je crois déjà, tout en ignorant ou minimisant ce qui le contredit”. Depuis le lancement de Narra, l’idée que l’imagination deviendra une compétence stratégique pour tirer le meilleur profit de la technologie se met en travers de mon chemin et avec une fréquence particulière ces dernières semaines (ça s’aggrave docteur!). Par ordre d’apparition: Jeff Bezos, Mark Cuban, François Miquet Marty et Léonard de Vinci. Oui, vous pouvez me fusiller du regard à la vue de ce cocktail détonnant mais la vie moderne est ainsi faite.
Jeff Bezos a dit à Vivatch 2026, “si nous parvenons à accélérer la boucle “rêver-construire”, alors nous serons limités non pas par nos capacités, mais par notre imagination.” Il y eut un “tonnerre d'applaudissements” d’après Le Figaro. Il faut dire que la formule de la “boucle rêver-construire” est particulièrement jolie et certainement le fruit d’un product marketer forcément littéraire. Oui, l’enjeu est sans doute aujourd’hui, puisque tout ou presque est possible grâce à l’intelligence artificielle et à ses agents, de savoir quoi leur déléguer, quoi leur intimer de construire. Notons l’utilisation du mot rêver, car il s’agit bien d’un narratif de la Silicon Valley, un narratif “no-limit” qui fait rêver, moteur idéal de dépenses somptuaires en tokens. Mais le narratif dit quelque chose de fondamental: face à un nouveau postulat technologique, il ne faut pas faire l’économie du détour par la case imagination, en s’obsédant par exemple pour des cas d’usage sous la pression. Et l’idée ne vient pas d’un défenseur de l'oisiveté créative mais du fondateur d’Amazon. Il faut croire que Mark Cuban (entrepreneur et investisseur américain) était à Paris dans la salle car il a dit à Raise 2026 face au fondateur de Lovable: "Your biggest limitation is your time and your imagination." Je suspecte l’émergence d’un nouveau narratif!
François Miquet Marty écrit aussi dans Les Echos que “le défi, vertigineux, des décennies qui viennent pour l'Europe et la France est celui de l'imagination radicale, laquelle nous fait peut-être aujourd'hui particulièrement défaut. Pas l'innovation dans la continuité, mais l'imagination de mondes inédits.” L’auteur décrit trois modes d’imagination radicale dont “le premier est le dépassement d'un impossible technologique”. Or pour que cet impossible technologique soit dépassé, il doit nécessairement être incarné dans un refus de l’impossible par un exercice d’imagination.
Enfin, grâce à Sophie Chauveau et son Léonard de Vinci, j’ai découvert l’incroyable inventivité de l’homme. Des machines volantes, en passant par des projets de ponts au-dessus du Bosphore, directement pitché au sultan Bajazet II, Léonard de Vinci est l’incarnation du pouvoir de l’imagination, mêlé à la maîtrise et l’inventivité techniques, avec un talent de visionnaire: “Enfin, la cité se décide à utiliser ses capacités d’imagination pour se défendre contre Pise. Machiavel convainc Soderini de l’envoyer étudier comment rendre l’Arno navigable de Florence à Pise. Léonard envisage tout de suite un canal de Vico à Livourne, lequel sera exécuté un siècle plus tard exactement sur ses plans”.
Trois inspirations:
On peut gagner du temps en en perdant en faisant un détour par l’imagination, même pour les entreprises, même pour la technologie
Il ne faut pas chercher les cas d’usage orientés vers la technologie, mais les cas d’utilité orientés vers les utilisateurs. Ce que dit très clairement le CMO d’Open AI à Cannes: “In the attention economy, brands had to be interesting. In the intelligence economy, they have to be useful”
Qui dit orientation utilisateur dit amour du problème. Il semblerait que Léonard soit un “problem solver’ particulièrement talentueux tellement chaque écueil rencontré sollicite immédiatement son inventivité.
La headline Linkedin de Léonard de Vinci serait quelque chose de l’ordre : “Experienced product manager, with a proven track record of solving real-world problems, powered with unlimited and unconstrained imagination”.
Il aurait combien de followers selon vous?