Inspirations méthodique et sémantique pour Narra

Inspiration méthodologique : Narra fait-il du design fiction ?

Design fiction is “the practice of creating tangible, evocative prototypes from possible near futures, to help discover and represent the consequences of decision making.“ Source : Near Future Laboratory

Sans associer Narra à la discipline du design fiction, j’y trouve de nombreuses sources d’inspiration notamment grâce à la définition issue de cette vidéo du Near Future Laboratory.

“Creating + tangible” : avec Narra il est question de créer des artefacts concrets sous forme de nouvelles littéraires qui vont représenter l’organisation propulsée à l’IA, augmentée par la technologie, dans des scénarios volontairement optimistes. L’intention est de passer de l’abstrait au concret, du vague à l’incarné, de la promesse à sa réalisation. Le marketing de l’IA générative, et c’est une analyse qui mérite débat, étant très fortement tourné vers des attributs “divins” non-incarnés. L’impact de la science-fiction dessert ici l’adoption de la technologie car ses contemplateurs ont tendance à imaginer soit l’utopie, soit la dystopie. Passer d’un extrême à l’autre est un frein à l’appréciation raisonnée d’une nouvelle réalité. Il y aurait de quoi faire l’apologie de la nuance et de la lucidité ici, vertus dont veut se parer Narra, en toute humilité. Ni catastrophe, ni miracle, mais un regard lucide sur de nouvelles possibilités. 

“Evocative” : “When it comes to thinking about futures, people tend to have a hard time.” Traduction, on galère tous avec l’imagination. Il est beaucoup plus aisé de faire fonctionner son imagination (dans le domaine de l’entreprise) par adhésion ou rejet face une proposition… tangible (cf supra). Le parti pris par Narra est d’avoir recours aux mots que chacun peut s’approprier, à la différence des images et des vidéos dont la polysémie est moindre ?

“Possible Near futures” : Avec Narra, on attache une importance particulière à la notion de proximité temporelle. Pas question d’envisager des scénarios futuristes lointains (ce qui n'exclut pas de penser le long terme pour autant). Il est question de plausible et de possible, de passage à l’action, de retour sur investissement. J’ai eu la chance de partager les bancs de l’ESCP avec Julien Tauvel, fondateur d’Imprudence, prospectiviste expert et auteur de ce TedX sur le design fiction que je vous recommande chaudement. Quand je lui ai fait part de mon projet, et il m’a indiqué utiliser les projections générées par l’IA comme territoires sur lesquels ne surtout pas aller au motif que le design fiction doit s’éloigner du probable. Ma courte expérience montre que le probable généré par l’IA, même comme étant le fruit d’une répétition du passé, sert à ouvrir des perspectives, à détecter des angles morts qui servent à solliciter l’imagination. La production fictionnelle de l’IA n’étant en aucun cas le fond mais plutôt la forme ou le matériau qui permettra l’éveil de la créativité par la capacité de projection.

Décision : Une connaissance à qui je présentais le concept de Narra a gentiment qualifié l’approche de “fumette”, et il n’avait pas tort. Cependant les ateliers Narra ont la prise de décision comme ligne de mire claire pour engager le collectif dans une direction débattue et partagée. La “fumette” permettant un détour qui permet de contourner “la tyrannie des cas d’usage” elle-même issue d’un impératif qui sert ceux qui l’édictent, comme le décrit très bien le fondateur de Converteo. L’enjeu de Narra est d’aboutir à une vision de ce que la technologie doit produire comme bénéfice pour les utilisateurs, voire une stratégie IA en bonne et due forme.

Inspiration sémantique : “Surface de friction”

“Le design fiction ne promet pas de prédire l’avenir, mais de créer les conditions symboliques pour s’y confronter. Un récit, un objet, une image (les fameux artefacts…) deviennent alors des surfaces de friction, des espaces d’adaptation collective, où ce que l’on projette nous aide à comprendre, à discuter, et dans le meilleur des cas, à agir.”

L’excellent article de Léa Brosseau de l’agence Pixelis a aussi été une riche source d’inspiration. 

“Surface de friction” : Qui dit friction dit proximité et qui dit proximité dit nécessaire rapprochement. Quand les visions, ancrées, ou éthérées de l’IA sont trop éloignées les unes des autres, la projection narrative permet de les rapprocher, presque physiquement, à travers l’alignement des perspectives. Si tous regardent le même objet, ils peuvent en débattre et confronter leur compréhension, voire leur interprétation. La fiction, qui rend possible la proximité dans un espace imaginaire restreint, permet la friction qui permettra le mouvement et l’action. Après la science-fiction, la friction-fiction ?

“Comprendre”: visualiser, matérialiser, rendre concret, c’est tout l’enjeu de l’adoption de l’IA. Les fictions d’entreprise permettent de matérialiser, de littéralement mettre en scène un concept abstrait. C’est un bénéfice qu’a souligné un participant d’un atelier Narra : "Les nouvelles sont bien équilibrées et très représentatives de nos enjeux - je dois dire que cela a même clarifié des idées un peu intuitives que je pouvais avoir"

“Discuter” : grande a été ma surprise quand j’ai constaté l’intensité des débats qui sont nés de la lecture des fictions d’entreprises lors de workshops Narra. C’est l’angle collectif de l’approche avec comme déclencheur une proposition fictionnelle

“Agir” : Phosphorer en groupe n’est pas agir, mais un animateur Narra sera là pour passer de la divergence créative à la convergence productive si d’aucuns se complaisaient dans la “fumette”. 

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“All that you have is your soul”